Puis-je retirer mon 2ème pilier (LPP) pour un achat immobilier en Suisse ?

Puis-je retirer ma LPP (2ème pilier) pour un achat immobilier en Suisse ?

Vous pouvez utiliser votre LPP (2ème pilier) pour un achat immobilier en Suisse via le mécanisme fédéral d’encouragement à la propriété du logement (EPL), soit par retrait LPP, soit par mise en gage. Le montant retirable dépend surtout de votre âge (règle avant/après 50 ans), et le retrait implique un coût fiscal et une réduction de prestations de prévoyance qu’il faut mettre en balance avec le bénéfice (fonds propres, baisse de dette, meilleure acceptation bancaire). Les règles de retrait sont identiques dans tous les cantons, mais la fiscalité des prestations en capital varie sensiblement selon le canton et la commune.

Obtenir un prêt immobilier en retirant sa LPP (2ème pilier)

Ce qui est autorisé par l’EPL et ce qui ne l’est pas

Versement anticipé ou mise en gage : la différence “qui change tout”

  • Versement anticipé (retrait 2ème pilier) : vous augmentez vos fonds propres, diminuez généralement votre hypothèque… mais vous réduisez vos prestations de prévoyance futures (retraite, souvent aussi décès/invalidité).
  • Mise en gage : vous gardez votre avoir LPP dans la caisse (donc prestations intactes tant qu’il n’y a pas réalisation du gage), mais vous supportez souvent une hypothèque plus élevée (intérêts plus importants et parfois amortissement plus lourd).

Qu’est-ce qui est considéré comme “achat immobilier” au sens de la LPP ?

Le dispositif EPL ne vise pas “l’immobilier en général”, mais votre logement à usage propre (résidence principale). Le versement anticipé peut servir notamment à :

  • acheter ou construire un logement en propriété ;
  • rembourser un prêt hypothécaire ;
  • acquérir certaines participations (coopérative, société de locataires, etc.) ;
  • financer des rénovations ou travaux importants apportant une plus-value.

En revanche, il exclut typiquement la résidence secondaire/maison de vacances/investissement locatif (logique : l’EPL est conçu pour l’accession à la propriété du logement principal).

Conditions personnelles importantes à connaître

  • Un seul objet à la fois : en principe, vous ne pouvez utiliser vos fonds de prévoyance que pour un seul objet immobilier simultanément.
  • Accord du conjoint/partenaire enregistré : le retrait (et généralement la mise en gage) nécessite un consentement écrit.
  • Sous-couverture (découvert) de la caisse : si votre institution de prévoyance est en découvert, son règlement peut limiter, réduire ou refuser temporairement certaines opérations EPL.

Combien puis-je retirer de ma LPP (2ème pilier) ?

La règle est fédérale : elle s’applique de la même manière dans tous les cantons (ce qui changera surtout d’un canton à l’autre, c’est la fiscalité et certains aspects pratiques/administratifs).

Avant 50 ans : vous pouvez en principe retirer jusqu’à 100% de votre prestation de libre passage

Jusqu’à 50 ans, le retrait maximal correspond en pratique à la prestation de libre passage disponible (le montant de votre certificat de prévoyance / attestation de libre passage).

Dès 50 ans : une limitation s’applique (plafond “le plus élevé des deux”)

À partir de 50 ans, le retrait maximal est limité au montant le plus élevé entre :

  • la prestation de libre passage à laquelle vous aviez droit à 50 ans, ou
  • la moitié de la prestation de libre passage disponible au moment de la demande.

Montant minimal, fréquence et dernier délai

  • Montant minimal (versement anticipé) : CHF 20’000.– (avec exceptions usuelles pour certaines participations, selon les règlements).
  • Fréquence : un versement anticipé peut être demandé au maximum tous les 5 ans.
  • Dernier moment : en principe, demande possible au plus tard 3 ans avant la naissance du droit aux prestations de vieillesse (sous réserve de dispositions plus favorables de votre caisse).
Retrait LPP (2ème pilier) pour acheter votre bien immobilier avec un prêt hypothécaire
  • Axe Y : Pourcentage maximal mobilisable de la prestation de libre passage (LPP).
  • Axe X (ordre des 3 barres, de gauche à droite) :
    • Versement anticipé (retrait) avant 50 ans → jusqu’à 100%.
    • Versement anticipé (retrait) dès 50 ans → illustration simplifiée à 50% (la règle exacte est “montant le plus élevé entre l’avoir à 50 ans et 50% de l’avoir actuel”).
    • Mise en gage → jusqu’à 100% (en pratique, dans la limite des règles EPL et de l’acceptation bancaire).

Exemples chiffrés (concrets et typiques)

Exemple 1 — 45 ans, achat d’un appartement

  • Prestation de libre passage (certificat LPP) : CHF 185’000.–
  • Projet : achat immobilier CHF 750’000.–, fonds propres disponibles (cash + 3a) : CHF 90’000.–
  • Vous souhaitez renforcer vos fonds propres :
    • Retrait LPP possible (max.) : jusqu’à CHF 185’000.– (avant 50 ans).
  • Discussion bancaire : vous n’aurez pas forcément intérêt à retirer “le maximum” ; l’objectif est souvent d’atteindre un niveau de fonds propres et une capacité d’emprunt confortables, sans trop dégrader votre prévoyance.

Exemple 2 — 55 ans, achat immobilier avec 2ème pilier

  • Prestation de libre passage à 50 ans : CHF 260’000.–
  • Prestation de libre passage aujourd’hui : CHF 420’000.–
  • Plafond EPL (dès 50 ans) = max(260’000 ; 50% de 420’000) = max(260’000 ; 210’000) = CHF 260’000.–.

Exemple 3 — vous hésitez entre retrait LPP et mise en gage

  • Avoir LPP : CHF 300’000.–, âge 44 ans
  • Option A (retrait) : vous retirez CHF 120’000.– → hypothèque plus basse, mais baisse de prestations de prévoyance.
  • Option B (gage) : vous mettez en gage CHF 120’000.– → vous gardez vos prestations tant que le gage n’est pas réalisé, mais vous portez une dette plus élevée (et donc plus d’intérêts).

Est-ce utile de retirer son capital LPP pour un achat immobilier ?

La bonne réponse n’est pas “oui” ou “non”, mais : cela dépend de l’objectif bancaire, de votre horizon de retraite et de votre niveau de sécurité souhaité.

Avantages fréquents du retrait LPP (versement anticipé)

  1. Atteindre les fonds propres requis sans immobiliser trop de liquidités.
  2. Réduire la dette hypothécaire → moins d’intérêts, parfois meilleure capacité d’emprunt.
  3. Éviter (ou diminuer) une 2ème hypothèque et donc réduire la pression d’amortissement.
  4. Faciliter une opération où la banque est stricte (revenus variables, objet atypique, etc.).

Inconvénients / risques à exposer clairement

  1. Baisse de vos prestations de prévoyance futures ; et souvent baisse des couvertures décès/invalidité, même si des solutions d’assurance peuvent exister.
  2. Risque “concentration” : vous convertissez un capital de prévoyance diversifié (souvent investi) en immobilier résidentiel (moins liquide, plus concentré).
  3. Coût fiscal immédiat : le retrait est imposé comme prestation en capital (voir section fiscalité).
  4. Rigidité : le bien financé fait l’objet d’une restriction du droit d’aliéner mentionnée au registre foncier (et vous devez rembourser dans plusieurs cas).

Retrait vs mise en gage : une grille de décision simple

  • Si votre priorité est de payer moins d’intérêts et de diminuer la dette : le retrait est souvent cohérent.
  • Si votre priorité est de protéger votre prévoyance (retraite/risques) et que votre capacité d’endettement le permet : la mise en gage est souvent une alternative plus prudente.
Après le retrait de leur LPP (2ème pilier) et l'obtention de leur crédit hypothécaire, ce couple peut enfin se relaxer.
La relaxation après le retrait de leur LPP et l’obtention de leur prêt immobilier!

Impacts fiscaux : que se passe-t-il quand vous faites un retrait 2ème pilier ?

Principe fiscal général (à connaître avant de signer)

  • Un versement anticipé EPL est imposé comme une prestation en capital provenant de la prévoyance.
  • Il est en général imposé séparément de vos autres revenus (taxation distincte), et progressivement selon des barèmes spécifiques ou des méthodes cantonales.
  • Dans plusieurs cantons, les prestations en capital dues la même année s’additionnent (ce point est crucial si vous retirez aussi du 3a ou un autre capital la même année).

Point très utile : l’impôt peut être récupéré en cas de remboursement EPL

Si vous remboursez ultérieurement le versement anticipé, l’impôt payé sur ce capital peut en principe être restitué (sur demande, avec les justificatifs), car le retrait est “annulé” du point de vue EPL.

Planification fiscale : ce que vous pouvez faire sans “optimisation agressive”

  • Éviter de cumuler plusieurs prestations en capital la même année (EPL + 3a, ou EPL + capital de retraite d’une autre institution), car la progression peut augmenter la charge.
  • Si vous envisagez un rachat LPP (volontaire) : attention au délai de blocage de 3 ans avant un retrait en capital, sinon l’avantage fiscal du rachat peut être remis en cause.

Différences entre les cantons

La règle EPL est la même partout en Suisse

Sur le plan du droit au retrait (conditions, montants, limites d’âge, fréquence), les cantons n’ont pas un “droit de veto” : le cadre est fédéral (LPP/OEPL) et s’applique de manière uniforme.

En revanche, les cantons diffèrent principalement sur :

  1. l’impôt sur les prestations en capital (barèmes/méthodes) ;
  2. certains détails de mise en œuvre (formalités, pratiques de registre foncier, documents demandés, etc.), même si l’idée de la restriction d’aliéner est un principe général.

Canton de Vaud (VD) : point d’attention fiscal et sources officielles

  • Pour la planification, retenez surtout : vous trouverez des barèmes officiels (périodes fiscales) publiés par le canton.
  • La fiscalité des capitaux de prévoyance a connu des ajustements ces dernières années ; il est donc pertinent de s’appuyer sur des sources cantonales à jour.

Conseil pratique : si votre projet d’achat immobilier dépend d’un retrait LPP important (p. ex. CHF 200’000.–), calculez l’impact fiscal avant de choisir la date de versement.

Canton de Genève (GE) : barème ICC et addition de l’IFD

Genève publie des documents spécifiques pour l’impôt cantonal et communal (ICC) sur les prestations en capital, et précise que l’impôt fédéral direct (IFD) doit être ajouté pour obtenir le total.

Conseil pratique : pour un retrait LPP, pensez “total = ICC + IFD”, et évitez de cumuler d’autres capitaux la même année si vous pouvez lisser.

Canton de Berne (BE) : calculateur officiel utile

Berne met à disposition un outil officiel pour calculer l’impôt sur les prestations en capital de la prévoyance (logique de “taxation spéciale”).

Conseil pratique : pour votre contenu, c’est un bon canton “exemple” car vous pouvez expliquer la démarche : montant du retrait → simulation → intégration dans le budget global d’acquisition.

Canton de Zurich (ZH) : taxation séparée et regroupement des capitaux la même année

Zurich prévoit une taxation annuelle séparée des prestations en capital de prévoyance, et indique que les prestations échues la même année sont additionnées et imposées ensemble.
Le canton a aussi fait évoluer sa fiscalité sur ces retraits ces dernières années, ce qui renforce l’intérêt de simuler sur la base de sources actuelles.

Les obligations souvent oubliées à connaître (remboursement, vente, location)

Remboursement : quand est-il obligatoire ?

Le remboursement du versement anticipé est notamment obligatoire en cas de :

  • vente/aliénation du logement ;
  • constitution de droits économiquement équivalents à une aliénation (p. ex. usufruit) ;
  • avec des nuances en cas de transfert à certains bénéficiaires (conjoint/enfant, etc.).

Si vous vendez pour racheter un autre logement, il existe un mécanisme de transfert et de réinvestissement dans un délai (logique : ne pas “sortir” durablement de la prévoyance si vous restez propriétaire occupant).

Restriction au registre foncier : le point “notaire / registre” qui impacte votre liberté

Le logement financé au moyen du 2ème pilier fait l’objet d’une restriction du droit d’aliéner mentionnée au registre foncier. Cela explique pourquoi une opération de vente, de donation ou de restructuration de propriété peut demander des démarches supplémentaires (et parfois un remboursement partiel/total).

Checklist opérationnelle : comment acquérir son logement grâce au 2ème pilier

1) Avant de demander un retrait LPP

  • Identifier le besoin : combler les fonds propres ? réduire la dette ? améliorer l’acceptation bancaire ?
  • Vérifier votre âge et votre plafond (règle des 50 ans).
  • Vérifier la fréquence (5 ans) et le minimum (CHF 20’000.–).
  • Anticiper l’impôt et votre trésorerie (il arrive que l’impôt doive être payé rapidement).

2) Pendant le financement hypothécaire

  • Comparer retrait vs mise en gage sur 3 variables : dette, intérêts, sécurité de prévoyance.
  • Documenter l’usage des fonds (achat, construction, rénovation “plus-value”, amortissement) : votre caisse le demandera généralement.

3) Après l’achat immobilier

  • Comprendre les conséquences de la restriction d’aliéner.
  • Garder une trace claire du montant retiré et des pièces : utile pour un éventuel remboursement et la restitution de l’impôt.

Disclaimer : toutes les informations données dans cet article sont sujettes à modifications et doivent être vérifiées auprès de la Confédération. Les exemples présentés ne peuvent être interprétés comme un engagement de notre part, il ne s’agit que d’exemples à titre informatif seulement.

Auteur : Jean
Expert en prêt immobilier
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